2007/12/07

Mes noëls en Roumanie

Par Marlène Lebreux, Communications
Marc Lepage

De ses noëls passés dans son orphelinat, créé en 1998 avec les communautés religieuses de la Roumanie, Marc Lepage, AVSEC à l’École secondaire les Etchemins, garde de précieux et chaleureux souvenirs. Alors que nous sommes tous fébriles et ouvrons, un à un, les jours de notre calendrier de l'Avent, M. Lepage a accepté de partager avec nous un brin de cette magie tendre et philanthropique typique des noëls roumains.

Combien de Noël avez-vous passé à l’extérieur du Québec, et plus précisément en Roumanie ?
Au cours des dix dernières années, j’ai passé sept noëls en Roumanie. Ce sont des gens qui ont conservé leurs belles traditions du temps des fêtes. C'est une période très spéciale pour eux.

Est-ce que les célébrations sont différentes, comparativement à ici ?
Ici, on se prépare de plus en plus tôt à célébrer Noël, presqu'au lendemain d’Halloween. Ça m’étonne à chaque fois ! Les actions sont trop souvent commerciales et orientées vers un incitatif à consommer. J’ai un peu de difficulté à être dans le sens de la fête au Québec. En Roumanie, même si nous ne sommes pas très riches, une grande place est accordée au partage avec les plus pauvres. Il y a notamment ces crèches vivantes que les enfants mettent en scène et prennent le temps d'aller présenter dans les hôpitaux, les endroits pour personnes âgées, les prisons pour femmes. On leur donne aussi des petits sacs remplis de cadeaux.
Le 24 décembre, il y a la messe de minuit ou de dix heures. On organise ensuite un réveillon et le curé nous dicte la liste de tous les gens seuls de la petite paroisse. En carriole, on part avec tous nos enfants (nous sommes plus d’une vingtaine) et, toute la nuit, nous rendons visite à des personnes âgées. Même si on les réveille, ce n’est pas grave. Les enfants entrent et chantent !

Et les cadeaux ?
Les cadeaux sont modestes. Depuis les dernières années, grâce à des collectes de fonds que je fais avant de partir, j'offre à chaque enfant un chèque-cadeau d’une valeur de 20 $ pour qu’il puisse s'acheter un morceau de linge. Pour plusieurs d’entre eux, c'est le premier vêtement neuf de leur vie. Après la séance de magasinage, on organise une parade de mode avec les nouveaux manteaux, chandails, pantalons, robes, etc. C'est vraiment amusant !

Comment se prépare-t-on à l’arrivée de Noël en Roumanie ?
Dès novembre, les enfants commencent à répéter leurs chants de Noël. On les appelle « Kolinde ». Ils en connaissent un répertoire impressionnant. Pourquoi mettent-ils autant d’énergie et de temps à pratiquer leurs cantiques de Noël ? C'est que le matin du 24 décembre, les enfants, le cœur à la fête, ont bien hâte de se promener en petites chorales, de maison en maison, pour présenter leurs chants. Les gens vont leur offrir des bonbons ou des sous. Et plus les chansons seront belles, plus les hôtes seront généreux !
Mais les gros préparatifs ont lieu seulement une semaine avant Noël. On décore les maisons avec beaucoup de simplicité, mais de la cave au grenier. À l’orphelinat, les enfants utilisent de vieux papiers d’emballage, découpent les motifs et les collent un peu partout. Ils usent de créativité et le résultat est magnifique !

Est-ce que les airs de Noël ressemblent à ceux que l’on entend ici ?
Oui. On chante des chansons comme Ô brad frumos ! (Mon beau sapin).

J'imagine que vous avez multiples souvenirs en tête. Est-ce que vous aimeriez en partager un avec nous ?
Depuis quelques années, je donne des bananes et des oranges aux enfants de l'orphelinat la veille de Noël. Il faut savoir que là-bas les fruits sont très dispendieux. Il y a quatre ou cinq ans, en effectuant la fermeture des dortoirs, j'avais remarqué que tous les enfants avaient laissé leur banane et leur orange sur leur table de chevet. Je leur ai demandé : « Vous m’aviez dit que vous n’en aviez pas mangé depuis Pâques. J'ai pensé que vous auriez le goût de les manger toute de suite. » L'un d'eux me répond : « Tu sais Marc, dans la vie, quand on désire quelque chose, l'attente permet de l'apprécier encore davantage quand on le reçoit ». Alors, nous allons patienter jusqu'à demain soir pour les manger.
Le lendemain matin, des enfants pauvres de la rue sont venus cogner à notre porte. Ils voulaient qu'on leur permette de prendre une douche chaude et de changer leurs vêtements... On a même incité pour qu’ils restent souper avec nous. Ils nous ont parlé de leur réalité, qu’ils habitaient dans les canalisations de la ville… Quand ils sont partis, les enfants de l'orphelinat ont décidé de mettre dans une boîte un objet ou un jouet qu'ils seraient prêts à sacrifier pour les donner à ces enfants pauvres. Quand je suis revenu, une heure ou deux heures plus tard, ils avaient évidemment choisi de beaux jouets, mais ils avaient également déposé toutes les bananes et toutes les oranges. Voilà qui démontre l’esprit de générosité qui anime les noëls passés en Roumanie.

Merci !
Craciun Fericit ! (Joyeux Noël !)
La mult ani ! (Bonne année !)

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